Jean Malaurie, grand ami de Monaco

Géographe, ethnographe, physicien, ethnohistorien, anthropologue mais avant tout illustre explorateur, Jean Malaurie était un précurseur de la recherche polaire. Né en 1922, il prend le maquis à 20 ans pour rejoindre la résistance en 1943 lors de la Seconde Guerre mondiale.

Une fois la France libérée, Jean Malaurie débute des études de géographie et de géomorphologie. Son intérêt pour les populations
inuites et leur mode de vie se manifeste lorsqu’il rejoint en 1948 les expéditions polaires françaises menées par Paul-Emile Victor. Puis le 21
mars 1951, il devient le premier homme à atteindre le pôle Nord géomagnétique en chien de traîneau.

Nous devons à ce grand explorateur de nombreuses découvertes géographiques, ethniques et généalogique. Il découvre certains fjords
ainsi que des littoraux et établit en 1950 la première généalogie d’un groupe composé de 302 Inuits. Son travaille sera publié dans son premier livre Les Derniers rois de Thulé, qui donnera suite à la collection Terre Humaine. Ses ouvrages sont considérés comme une référence de la vulgarisation ethnographique.

En tant que grand humaniste, Jean Malaurie a consacré une majeure partie de sa vie à la défense et la protection des Inuits. Dans son
premier livre, il dénonce une base américaine sur le territoire des autochtones. L’explorateur prend position publiquement et expose « le choc colonialiste » subit par la population d’arctique.

Une exposition d’exception

Au-delà du monde de la recherche, la disparition de Jean Malaurie bouleverse aussi la Principauté. L’explorateur était devenu un grand ami
de Monaco et du Prince Albert II. En 2022, à l’occasion du centenaire de Jean Malaurie, le Souverain s’était rendu à son domicile de Dieppe.Une année avant, le chercheur avait donné au Musée Océanographique de Monaco une collection d’objets inuits ainsi que des archives retraçant ses nombreuses expéditions. Aujourd’hui, l’exposition Mission polaire expose quelques un des ces objets.

Suite à ce triste événement, le Prince Albert II a salué la mémoire de Jean Malaurie et rend hommage à l’explorateur. À Monaco, l’Institut de recherches arctiques Jean Malaurie Monaco-UVSQ (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), soutenu par le Musée Océanographique et la Fondation Prince Albert 1er de Monaco « est très heureuse de pouvoir contribuer à la valorisation scientifique de la grande œuvre de Jean Malaurie et de la poursuivre par des travaux scientifiques et des activités de dissémination auprès du grand public ».

Son dernier ouvrage: "De la pierre à l'âme"

De la pierre à l’âme, ce grand livre est l’aboutissement d’une vie de recherches et d’exploration menées par Jean Malaurie dans l’Arctique, tout autour du cercle polaire ; du Groenland, point de départ du périple, jusqu’à la Tchoukotka sibérienne, durant plus de cinquante ans.
C’est aussi une œuvre de mémoire, un retour sur soi, une tentative jamais achevée d’élucidation intérieure, une somme intellectuelle qui plonge dès le début le lecteur dans l’effervescence intellectuelle des années de l’immédiat après-guerre.
« Je n’enseigne pas, je raconte » dit Jean Malaurie, dont le propos scientifique ou ethnographique n’est jamais didactique, mais s’inscrit dans une aventure personnelle faite de rencontres, d’épreuves, d’obstacles au travers du récit d’une errance souvent périlleuse au milieu d’un décor grandiose. Jean Malaurie est un conteur donnant à lire, à la manière d’un Jules Verne, les tribulations d’un géographe dans le grand nord. De la pierre à l’âme est un texte d’apprentissage et une quête initiatique menant de l’étude de la pierre à travers le prisme d’une science exacte, la géomorphologie, à l’animisme et au sacré. L’histoire d’un chemin de Damas qui conduit un jeune géographe épris de chiffres et schémas à une conversion du regard au contact des Inuit. Au terme d’une lente et douloureuse chrysalide, le narrateur est « inuitisé » et Jean Malaurie raconte ici les moments exceptionnels de communion avec le cosmos vécus auprès d’un peuple animiste.
On ne peut qu’être frappé par l’actualité et le caractère prophétique de ce livre entrepris il y a déjà une décennie et revenant sur une aventure humaine inaugurée il y a soixante-dix ans. Jean Malaurie y dénonce le lien rompu avec le cosmos, la destruction de la faune et des milieux naturels, la réduction de la bio – diversité, l’exploitation productiviste des ressources, l’agonie programmée de ces « sentinelles » que sont les peuples racines. « Dans le regard d’un chien ou d’un oiseau, il y a une telle humanité que l’on est pris par la nostalgie d’un paradis perdu »

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